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Les mots, le combat.

Tout le monde attend Mansour Barnaoui

On l’appelle l’ « Afro-samouraï », « Tarzan » ou encore « l’extraterrestre ». Appelle-le comme tu veux, mais ce qui est sûr est que Mansour Barnaoui est l’un des combattants   francophones les plus redoutables et attendus sur la scène mondiale du MMA. Pendant que certains construisent leur carrière avec précaution, marche par marche, lui s’attaque à tout ce qu’on lui propose depuis l’âge de 19 ans. Une stratégie risquée mais qui pour l’instant a plutôt réussi au combattant de Malakoff.

A seulement 24 ans, Mansour a déjà accroché deux ceintures prestigieuses autour de sa taille : celle du BAMMA en 2013 puis celle du M-1 en 2015, à chaque fois en démolissant son adversaire. Onze de ses douze victoires chez les pros ont été obtenues avant la limite dont sept soumissions. Qualifié de prodige par tous les spécialistes, le pensionnaire du Team Magnum a visiblement le profil parfait pour se retrouver dans le roster de l’UFC. Sauf que la réalité des chiffres (récents) le rattrape. Mansour reste sur deux défaites aux points, en octobre 2015 contre Ivan Buchinger et en mai dernier contre Mateusz Gamrot au KSW. Deux gros clients. Beaucoup se demandent s’il ne s’est pas brûlé les ailes trop vite en allant défier des pointures mondiales en Europe de l’Est, où le niveau est très relevé et les victoires à la décision non envisageables.

J’ai rendu visite à Mansour dans son club de Malakoff, pour voir un peu comment il envisageait l’avenir.

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FightVOX : Est-ce que tu es conscient de l’engouement autour de toi ? Tout le monde t’attend à l’UFC depuis déjà quelques années.

Mansour Barnaoui : Oui. Il y a grave de monde qui me demande : « mais pourquoi tu n’es pas encore à l’UFC ? »

A l’UFC, en ce moment, la politique est plutôt d’ouvrir les portes à des combattants novices qui n’ont pas encore de ceinture internationale, par exemple.

J’ai aussi remarqué ça. On a l’impression que n’importe qui peut entrer à l’UFC aujourd’hui. Pour moi, c’est surtout une affaire de piston.  Je vais souvent au Tristar, à Montréal. La moitié de leurs combattants y sont et je discute souvent avec eux.

D’autres facteurs joueraient à côté du combat ?

Oui, bien sûr. Tu peux être nul au combat et entrer à l’UFC. Après le tout est d’y rester. Il y a des gens que ça ne dérange pas. Juste le fait d’entrer à l’UFC leur suffit, et voilà c’est fini.

D’autres facteurs, comme la promotion et les réseaux sociaux peuvent aussi jouer.  Ce n’est pas un truc que tu veux développer ou tu te dis « il faut que je le fasse » ?

Certains sont à fond dans la communication. C’est quelque chose qui marche très fort. Ils montrent constamment aux gens qu’ils sont sont là. Alors l’UFC a plus de chance de les remarquer.

Avant, je faisais tout pour partir à l’UFC. J’ai même commencé le MMA pour ça. Mais quand je vois tout ça, ça me dégoute un peu…

Mais pourquoi ne pas embaucher quelqu’un pour s’occuper de la partie promotion ?

J’y ai pensé. Mais en France, vu notre statut, on ne peut pas se permettre d’embaucher quelqu’un. Il faudrait pouvoir investir. Le fait que le MMA ne soit pas légalisé empêche aussi de se développer.

C’est dommage parce que le niveau en France est vraiment bon. J’ai fait des stages à l’étranger et quand je vois le niveau, c’est assez fou. A l’étranger ils sont très nombreux mais j’ai largement plus de facilité que lorsque je tourne ici. Je le remarque pendant les sparring, surtout en striking, le niveau est au top ici.

Tu as combattu dans beaucoup d’organisations. Dans laquelle tu t’es senti le mieux ?

Je dirais en Pologne, au KSW. C’est très suivi, la prise en charge est très bonne et c’est un gros spectacle. C’était encore mieux que ce que je pensais. Et encore mieux qu’à l’UFC. Je ne suis jamais allé voir un événement à l’UFC mais de ce que j’en vois à la TV, c’est encore mieux. Côté Est, en Russie, en Pologne, il y a vraiment des mecs chauds. Tu vois des mecs avec un palmarès de 15-0 mais on en n’entend pas parler et ils ne sont pas à l’UFC. Alors que je pense qu’ils kifferaient y être. Il y a l’exemple de Nurmagomedov, un tchétchène avec un très bon palmarès. Pour moi c’est un des tueurs en MMA. Pourtant à l’UFC ils l’ont fait combattre une fois en 2 ans…

Que penses-tu de ton dernier combat ?

Les 4 défaites que j’ai ont toutes été obtenues par décision, dont un vol en Russie d’ailleurs. Mais la dernière fois j’ai vraiment fait n’importe quoi. J’ai essayé de me lancer dans un domaine qui n’est pas du tout le mien. J’ai essayé de le prendre en lutte sachant que c’est un lutteur…

C’était un excès d’orgueil ?

Je pense oui. Pourquoi j’ai fait ça… J’ai dû me dire, ok c’est un lutteur je vais lui montrer que je suis aussi un lutteur. Mais ça marche pas comme ça.

Tu aimerais le reprendre prochainement ?

Oui bien sûr, les journalistes sur place m’ont d’ailleurs posé la question. Mais je ne pense pas qu’il voudra, ce n’est pas dans son intérêt. Il a réussi à me battre donc…

Pourquoi avoir pris le risque de combattre en Europe de l’Est ? En restant au BAMMA, le niveau était sans doute plus bas et tu avais de l’exposition pour te faire repérer.

Déjà, je ne suis pas à l’UFC à cause du BAMMA. L’UFC me voulait quand j’étais au BAMMA. Après mon combat contre Colin Fletcher, j’avais encore un combat avec eux. Ils font pourtant souvent des ruptures de contrat pour laisser les combattants aller ailleurs. Mais pour moi, ils n’ont pas voulu. On a essayé de négocier en disant que c’était l’UFC mais ils ont toujours refusé. L’UFC n’attend pas c’est maintenant ou jamais. Et sachant qu’il y a tellement de monde qui veut y rentrer…

L’autre problème est que je ne suis pas français mais tunisien. Pour eux, c’est une galère avec les papiers, etc. Au final, je n’ai même pas fait mon dernier combat au BAMMA.

J’aurais aussi pu rester avec le M-1, mais par trois fois ils ont annulé mon combat une semaine avant. Je n’ai pas eu de remplaçant.

Tu n’avais donc que le M-1 comme nouveau défi ?

En y allant, j’ai réussi quelque chose qu’aucun français n’a réussi : prendre la ceinture, avec celle du BAMMA. Mais pour moi, le KSW est la meilleure organisation en Europe, avec le niveau des combats, les conditions et les primes.

Tu as pris des combattants très côtés pour tes deux derniers combats. Ce n’est pas allé un peu vite pour toi ?

J’ai peut-être fait un peu le fou avec mon coach, de vouloir prendre des grosses têtes… Les deux défaites que j’ai ont été contre deux des mecs les plus côtés dans le monde. C’est le top en Europe. Mais il n’y a pas eu de grandes différences quand je revois les combats. Alors je n’ai pas de regrets, je me dis que c’est le moment ! Pourquoi attendre ! Dans ma ligne de mire c’est le KSW et l’UFC.

Tu t’es engagé assez tôt dans une carrière internationale après ta ceinture du 100% Fight.

Oui à 19 ans, j’ai fait mes débuts au Cage Warriors à Dubai. C’était impressionnant ! Puis en Suisse,  au BAMMA, en Europe de l’Est… J’en garde un bon souvenir.

Est-ce que la victoire avant la limite est quelque chose que tu recherches spécialement  ?

Tous mes combats qui sont allés à la limite, je les ai perdus, à part contre Yves Landu en France. Mais la plupart du temps je ne combats pas chez moi. Si je ne finis pas le mec, quoi qu’il arrive ils me feront perdre.

Je reviens à l’UFC. Quand est-ce que l’on pourra enfin te voir dans l’Octogone ?

Depuis plusieurs années, on me dit « si tu bats lui tu vas à l’UFC », et ainsi de suite. Mais pour l’instant rien. Je pense que ce qui joue aussi est le fait que je suis dans un « petit club ». Je cherche des sparring partners mais en France c’est très dur. Au sol je peux trouver des partenaires de très bon niveau mais en MMA c’est dur.

Qui aimerait-tu affronter ?

Pour être franc je ne connais pas trop les combattants. C’est mon coach qui s’occupe de ça. Mais quand je vois le niveau à l’UFC, sans parler du top 10, je me dis qu’il sont très largement prenable. Je les regarde et je me dis « mon petit frère pourrait les prendre… Je ne vois pas l’intérêt d’y être juste pour y être, sachant que l’on ne combat souvent que 2 fois par an. Si tu y vas ça doit être pour déglinguer tout le monde, c’est tout.

Ce que je n’apprécie pas à l’UFC actuellement c’est qu’ils partent en toute fin du round. J’ai l’impression qu’ils ne cherchent pas à finir l’adversaire. Il l’a joue technique en espérant gagner aux points. Tu peux voir des rounds entiers où ils se touchent à peine. Avant c’était très différent… Ce n’est pas la bonne stratégie car si tu gagnes sans marquer les esprits, l’UFC peut choisir de t’écarter.

J’ai l’impression qu’ils ne cherchent pas à finir l’adversaire. (…) Si tu y vas ça doit être pour déglinguer tout le monde, c’est tout.

Tu te situes où par rapport au Top 10 ? Si on te propose un combat contre l’un d’eux, tu y vas ?

Bien sûr c’est une bonne occasion de se faire remarquer.

Parmi les meilleurs adversaires contre qui j’ai perdu, soit ils préfèrent rester en Europe de l’Est car c’est bien payé soit ils sont partis à l’UFC.

Dans l’immédiat, tes deux défaites pourraient freiner ton entrée à l’UFC.

Oui c’est vrai. Il ne faut pas être sous contrat, ne pas être inactif depuis longtemps et ne pas rester sur des défaites. Quand ils m’ont voulu après le BAMMA, comme par hasard, j’ai eu une blessure à l’épaule. Je suis ensuite resté trop inactif.

Est-ce que tu as un emploi en parallèle de ta carrière de combattant ?

Depuis 10 ans je ne fais que ça. Parfois c’est galère, pendant les périodes creuses, alors je fais des petits boulots à côté. C’est pour quelques semaines à chaque fois.

Comment tu vois le futur ?

Je devais combattre au Luxembourg mais ça a été annulé. Je voulais l’un des deux frères Askhabov, celui qui n’a aucune défaite. Ce combat m’aurait servi pour faire remonter ma cote. Les conditions au niveau du poids n’étaient pas claires alors mon coach a préféré refuser l’offre.

A part l’UFC et le Bellator, je pense avoir combattu dans les meilleures organisations. Fin novembre ou décembre, je vais encore combattre au KSW. Le niveau de ma catégorie est très relevé. J’ai affronté le meilleur et perdu par décision.

Finalement, dans ta situation, est-ce que la meilleure solution n’est pas de s’expatrier ?

Si justement, je vais faire en sorte de partir au Canada. Mon entraîneur m’encourage depuis longtemps à y aller. J’ai pris ma décision. Je suis en train de faire des démarches. En restant avec le KSW, je peux aussi combattre dans d’autres organisations. Je serai au Tristar, un club dans lequel je me sens bien. Je connais déjà beaucoup de monde là-bas. Je m’entends bien avec Firas Zahabi, le coach de Georges St-Pierre. C’est lui qui m’a conseillé de venir à la base.

Donc tu vas continuer à tout casser ?!

Oui et je vais revenir très vite !

 

 

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