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100% ANIMAL

Cheick Koné est de retour. Le vendredi 17 mars, le show de pancrace du 100% Fight revient à la Halle Carpentier à Paris. Le 100% Fight 28, en 2016, a été une tuerie. A cette occasion j’avais suivi Cheick avant et pendant son combat contre l’espagnol Juan Manuel Suarez. Le reportage était destiné à un magazine dont la sortie a été annulée. Dommage. Près d’un an plus tard et à l’occasion de l’édition 29 du 100% Fight, je décide de le publier sur FightVOX. Vous connaîtrez mieux celui que l’on appelle l’Animal, et surtout, vous comprendrez pourquoi malgré 3 défaites d’affilées, il reste un combattant très spectaculaire. Question de mentalité.

Depuis ce fameux combat à Paris, Cheick a gagné un combat au SHC en Suisse puis perdu à trois reprises avant la limite. La dernière étant une défaite en janvier dernier, par KO contre Ole Laursen, aux termes d’une guerre épique en Chine.

Cheick Koné résume son parcours

Rencontre avec l’Animal

Mai 2016 à Aubervilliers.

On l’appelle l’Animal. Profession livreur, marié et papa de trois enfants. Le reste du temps, Cheick Koné s’exprime dans une cage, en MMA. Il soulève les foules outre-manche, surtout lorsqu’il martèle ses adversaires à coups de genoux. En France, c’est une bonne partie de la ville de Sevran qui vient à chaque fois remplir les gradins. Ses récentes victoires avant la limite et son style de combat agressif pourraient bien lui ouvrir les portes de l’UFC dans un futur proche. A trois jours de son combat au 100% Fight 28 en mai à Paris, rencontre avec un phénomène. Cool dans la vie, féroce dans la cage.

Tu as commencé directement par le MMA, à 27 ans, ce qui n’est pas courant. Beaucoup viennent du jiu-jitsu ou d’autres sports de combat. Qu’est-ce qui t’as amené vers ce sport ?

A la base je ne connaissais rien à ce sport. J’ai des potes qui pratiquaient et je suis tombé dedans. Je ne suivais même pas les combats des grosses organisations. J’étais juste un bagarreur. Je suis avant tout un mec qui aime se battre. J’ai quand même fait un peu de foot et de lutte mais il me manquait toujours un truc. J’ai découvert ce sport dans une salle parisienne, le Camp 10. C’est ma sixième année de pratique. Je suis nouveau dans le MMA ! Je suis monté vite, la première année je commençais à combattre.

Tu te décris surtout comme un gros travailleur. Mais à voir tes combats, ton atout principal semble être la combativité.

La combativité on est obligé de l’avoir. Certains en ont plus que d’autres, c’est très important. Mais je suis surtout un gros travailleur. Un journée comme aujourd’hui, je m’entraîne le matin, je vais travailler et je reviens le soir. Y’a des mecs très doués. Tu prends Taylor Lapilus, par exemple, c’est un vrai surdoué. Je le connais bien puisqu’on est issue du même quartier. Il apprend très vite et a beaucoup d’avance.

Tu ne vis pas du MMA alors comment concilier entraînement et travail ?

Je m’entraîne tous les jours. J’ai un travail qui me permet de m’entraîner, c’est une chance alors j’en profite. Je finis mon travail de livreur et je viens directement. Tous les jours c’est comme ça. C’est vrai que les journées sont chargées.

Quels sont tes objectifs dans le MMA ? Si demain une grosse organisation te propose de signer, tu sautes le pas en lâchant ton taf ?

Oui je lâcherais le taf, y’a toujours du boulot dans la livraison ! Mais dans l’immédiat je trouverais un terrain d’entente, tu vois. Tout dépend, si je signais avec l’UFC ou le Bellator, il faut être vraiment au top de sa forme pour y combattre. Dans ce cas, je serais obligé d’arrêter de travailler. Alors oui, dans ces conditions je serais prêt. J’ai la chance d’être très bien entouré par mon club, la Atch Academy.

Tu n’as pas vu le 2e round au cours de tes cinq derniers combats. T’es pressé d’en finir ou quoi ?

Si tu prends mes cinq derniers combats réunis, je suis en dessous des 4 minutes. Ça va assez vite ouais. Pour impressionner les grosses organisations, il faut être efficace. A l’UFC et au Bellator, ils veulent des finisseurs, des mecs qui font le spectacle et terminent le combat. Ces temps-ci j’ai eu la chance de pouvoir le faire. Malheureusement pas le dernier, mais il était lui aussi spectaculaire. C’est quelque chose qu’ils apprécient. Même si mon dernier combat est une défaite, ils regardent ce qui a été fait avant. Ils disent « ah lui, c’est un finisseur ». Et quoi qu’il arrive c’est soit je te termine soit tu me termines. Avec moi y’a pas demi-mesure, je donne tout ! Mais j’ai de la chance ça se termine souvent de mon côté, donc c’est bon signe. Et samedi ce sera la même chose.

Tu as l’intention d’aller vite samedi aussi ?

Oui, je suis dans l’optique de finir le combat. Je n’ai pas envie de m’éterniser sur le ring. Oui je suis pressé  !

J’entends que les gens t’appellent « Cheikoss » ou « l’Animal », lequel des deux est le bon ? Et d’ailleurs ils viennent d’où ces surnoms ?

Cheikoss c’est pour les frères du quartier. On m’appelle Cheick ou Checkoss. Mais mon surnom en MMA c’est l’Animal. Ça vient de Cyrille Diabaté à la base. C’est un proche de mon coach Arnaud Templier. Il lui avait dit « putain mais ton poulain c’est un animal ! Il est sans pitié, laisse tomber ! ». C’est vrai que je suis quelqu’un qui n’aime pas se faire dominer. Que ce soit au combat ou à l’entrainement, je ne lâche pas l’affaire. Si je m’entraîne avec toi je fais en sorte d’être le dominant. Le surnom est resté même en Angleterre au BAMMA.

Les anglais t’appellent comme ça alors ?

Oui, on m’appelle aussi « the beast ». Je suis bien vu là-bas. Ils communiquent beaucoup sur moi et en général sur leurs combattants. Ils se mettent bien en avant mais au niveau des conditions c’est moyen. Par rapport à la paye, le logement, etc… Je suis libre contractuellement avec eux. Je vais faire des combats à droite et à gauche en attendant que d’autres portes s’ouvrent.

Tu vois comment le niveau chez les poids moyens à l’UFC ?

Déjà, je suis beaucoup trop léger pour les poids moyens, je ne suis pas un mec qui « cut » (régime draconien pour perdre plusieurs kilos juste avant la pesée, ndlr). Je fais des régimes pour descendre au poids. Pour l’instant je suis en poids moyen mais en réalité je n’ai rien à faire dans cette catégorie-là. Hors combat je suis à 92kg, en tant normal les poids moyens sont souvent à 100 ou 105kg et « cut » pour descendre. Mais le jour du combat ils reviennent autour de 100kg. Avec mes 88 ou 90 kg, j’affronte des monstres ! J’ai la chance d’avoir du punch et de la technique mais je reste trop léger en haut niveau. A l’UFC, ils savent tout faire, bon lutteur, bon boxeur, bon au sol. Je descendrai que je sois au BAMMA ou à l’UFC. Encore deux ou trois combats comme ça et je descends en welter.

Je ne suis pas quelqu’un qui néglige les autres mais j’ai confiance en moi. Je sais très bien qu’il y a des mecs que je peux prendre dans le TOP 10. Après, le top 5 c’est vraiment la classe. Mais y’a des mecs vraiment prenables.

En tant que combattant français, on n’est pas reconnus comme professionnels. On travaille à côté et on va en combat contre des mecs qui vivent de ça. Malgré ça, on arrive à les battre. Je trouve ça très flatteur pour nous parce qu’on a une autre vie à côté. On s’entraîne par passion, on affronte de « vrais professionnels » et on arrive à les battre. Donc t’imagines si on faisait que ça ? Sans travail à côté, ce serait la belle vie. Si je trouve un sponsor qui me paie mensuellement, je vais me tuer, je dors ici ! C’est tout ce qu’il me manque pour être champion. Si quelqu’un mise sur moi, il ne regrettera pas. Je vais leur montrer qu’ils ont fait le bon choix. Ils voudront des résultats alors je serai champion. Je ne demande que ça.

Tu perds ton dernier combat par K.O. au 1er round. On peut en parler ou c’est un mauvais souvenir ?

Non pas du tout, je peux en parler. Je n’aime pas me trouver des excuses mais pour ce combat je n’étais pas au top de ma forme. Deux semaines avant je perds mon cousin et à une semaine du gala j’étais malade. Mes coachs ont voulu que j’annule le combat mais j’ai dis non. Je n’étais pas dans les meilleures conditions mais je voulais combattre. Je suis parti dans une bagarre de fou furieux. Je voulais l’éclater ! Je n’étais plus vigilant, je voulais juste qu’il tombe. Et je me suis fait avoir… Avant le combat je n’ai pas réussi à grossir, j’étais seulement à 87kg. Mon adversaire devait approcher les 100kg. Je le félicite, il a fait son travail. J’aimerais quand même bien le reprendre pour montrer que j’étais dans une mauvaise phase. Je mettrais le compteur à zéro, tu vois. La défaite fait partie du sport. Après ça, c’est le moment de prouver que tu es un vrai champion. Samedi je vais vous prouver que je suis un champion et je repartirai en Angleterre. Ils savent bien là-bas aussi que je n’abandonnerai pas. Même si ça ne va pas on lève la tête et on avance. Je ne suis pas quelqu’un qui abandonne.

J’ai appris des choses, au niveau de mon entourage, de mes entraînements. Je suis obligé de revenir. Des combattants pensent qu’ils peuvent me prendre parce que j’ai perdu cette fois. C’est l’esprit de compétition, c’est bien. Mais j’aimerais bien les avoir en face de moi. Ils ont pris la confiance mais c’est une très mauvaise idée. Ils ne savent pas que j’ai encore plus faim !

Samedi tu affrontes Suarez, un combattant espagnol très expérimenté. Quelle est la clé du combat ?

Il est expérimenté et très bon. La clé de ce combat c’est la vigilance. Il est capable de tout ce mec. Il peut me finir comme je peux le finir. Mais je dois le finir. Je dois le finir. C’est lui ou moi. Ça va être un gros combat.

C’est comment toute la phase avant le combat : la préparation, la pression ?

J’arrive bien à gérer le stress. Le moment le plus important, le plus stressant, c’est quand on vient te voir dans le vestiaire et qu’on dit « c’est ton tour ». Mais avec l’expérience je commence à bien gérer ça aussi. Mais au fond pourquoi je serais stressé ? On ne m’a pas forcé à être là. Personne ne m’a mis de couteau sous la gorge. C’est un sport, c’est que du bonus. Le combat pour moi c’est un moment de fête ! Le plus dur est fait ici à la salle : le fractionné, les sparrings… C’est ici le plus dur. La prépa et la diet c’est la galère ! Le jour du combat je m’amuse.

Tu peux nous expliquer le geste que tu mimes quand tu es dans la cage, perso ça me fait un peu flipper…

C’est un truc que j’ai inventé, ça veut dire « je parle pas mais je vous allume ». Y’a des gens qui parlent beaucoup avant un combat mais c’est pas mon cas. En Angleterre, tout le monde reprend ce geste : l’organisateur, le commentateur, le public… Dès qu’ils voient Koné c’est « la bête est là ! » Je suis comme ça moi, je me prends pas la tête c’est un spectacle.

Tu as l’air de prendre le combat et tout ce qu’il y a autour avec beaucoup de recul !

Quand je monte sur un ring je suis content, c’est la fête ! Ce sport là je le prends vraiment comme un jeu. C’est comme si j’allais jouer au foot avec des potes. Je ne suis qu’un bagarreur à la base. Si ça vient pas tant pis. C’est déjà une victoire d’être la où je suis. Je me voyais pas ici. Les autres m’ont toujours poussé en me disant que j’avais un truc. Aujourd’hui, je suis là, je profite mais je ne comptais même pas faire carrière. Des gens me félicitent pour mon coup de genou. Mais c’est inné, c’est comme ça. Avant le MMA quand je me battais j’en donnais déjà !

J’ai une famille, une femme, des gosses. Quand je rentre dans la cage j’imagine qu’en cas de victoire le mec me prend ma famille et que je perds tout ; Alors dans ma tête je me dis « mais je vais l’tuer !». C’est tout simple. Dans la cage je suis une autre personne. Même moi je ne me reconnais pas parfois.

Tu veux dire que tu rentres dans un personnage ?

Oui je le vois bien. Ce n’est pas moi, j’ai un regard noir. Je suis vraiment méchant. Ma femme me dit « mais c’est pas toi ça ! » Le gong sonne, ça y’est je suis ailleurs. Mais quand le combat s’achève, je suis content. Je vais saluer mon adversaire, je prends des nouvelles de lui. C’est que du sport !

Jour de fête

Les stars du MMA français sont pratiquement tous passés par là. Depuis dix ans, la ligue de Pancrase du 100% Fight réunit la crème des combattants français pour les opposer dans les mythiques salles parisiennes. Ce soir à la Halle Carpentier, 12 combats se suivent sans se ressembler avant d’arriver à la « main card » : le clou du spectacle. Les ring-girls n’ont pas eu trop de taf. Beaucoup de combats n’iront pas à leur terme : soumissions et K.O.s sont au menu. Bienvenue dans la plus grosse soirée de combat libre de l’année 2016.

100% Fight 28 : 4 ceintures en une soirée

Sur les trois combats qui précèdent l’entrée de Cheick Koné, aucun ne dépassera le 2e round.

Première guerre. Gaël Grimaud conserve la ceinture des welters en poussant Alexandre Bordin à l’abandon. Soumission par triangle : le bras et la tête sont bloqués, la pression s’intensifie, la victime abdique avant la rupture. C’est la manière la plus gratifiante de lever le bras.

Le cogneur Araïk Margarian défend son titre contre le technicien Steve Polifonte. L’opposition classique tourne court. Sur une amenée au sol du champion, le challenger se blesse au genou. L’arbitre met un terme au combat au 2e round devant les cris de douleur. Je n’ai pas vu l’action mais on me la résume comme ça : « Je l’ai vu posé le pied et il s’est tordu comme un morceau de guimauve. » Pas eu le temps de faire briller sa technique. Dure loi du ring.

L’ambiance à la Halle Carpentier monte d’un écran. C’est l’explosion quand Yves « You Know » Landu pénètre avec un saut de malade dans l’arène pleine à craquer. Impassible, l’expérimenté Nayeb Hezam ne semble pas impressionné par l’entrée fracassante de celui qui brillait autrefois sous les couleurs du crew de breakdance Fantastik Armada. Plus mobile, plus rapide, Landu déploie son jeu avec une facilité déconcertante. Le rythme est là, manque seulement le breakbeat. Les coups arrivent de nulle part et font mouche. L’arbitre met un terme au combat suite à une blessure au genou de Nayeb au 1er round. Nouvelle explosion. Tout Meaux se donne rendez-vous sur le ring pour célébrer son champion. Des supporters venus de toute la France se joignent au bordel monstre qui retourne littéralement la Halle du 13eme. Monté sur ressort et encore tout frais, « You Know » les récompense par quelques figures de break.

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Chaud bouillant, le public est prêt à pour le main event.

Cheick Koné mange espagnol

Tout Sevran est là. L’Animal se fait attendre. Le rappeur Kalash Criminel débarque pour lâcher quelques phases. Casquette visée sur le crâne, sûr de lui, l’Animal entre sur le ring sans broncher.

Premier coup de gong. Debout, Cheick Koné lâche les coups comme si c’était les derniers. Il déborde Suarez à chaque enchaînement, jusqu’au 2e round. Mais l’espagnol persiste à provoquer le combat au sol. Il y parvient et tente une clé de bras. Dans le public, on retient son souffle. C’est mal connaître Cheik. L’Animal vend chèrement sa peau. Ne rien lâcher. Jamais. Le public a mal pour lui. Le bras se tord dans tous les sens. Ambiance tendue. Certains spectateurs détournent le regard.

Le coup de gong met fin à la partie d’échec.

Blessé à l’œil et bousillé psychologiquement, Suarez ne repart pas pour la troisième reprise. Cheick Koné remporte la ceinture champion Intérimaire des -84Kg du 100%FIGHT par abandon. Au mental. Des centaines de hooligans débarquent au centre de la salle. On se perd dans les fumigènes. Une phrase résonne : « Maintenant on veut l’UFC. »

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Les impressions de Cheick :

« Il voulait repartir en Espagne avec mon bras ! En tant que ceinture noire en jiu-jitsu brésilien, son game plan était de m’amener au sol. Je suis le boxeur, j’aurais dû l’en empêcher. Mais je voulais le dominer dans son domaine. Après le combat il m’a dit : « tu es fou dans ta tête ! Je n’ai jamais vu un mec résister autant. ». J’ai ressenti une douleur mais c’était gérable. Je ne suis pas vraiment satisfait de mon combat, je n’étais pas au top au niveau cardio. Je vais revenir encore plus fort, croyez-moi ! »

Et Cheick est revenu encore plus fort. En juin dernier, il a détruit le brésilien Amilcar Alves, vétéran de l’UFC, par K.O. au premier round pour la ceinture du championnat Strength & Honor Championship, en Suisse. L’Animal Koné est de la race des combattants qui se battent jusqu’au bout. Victoire ou défaite, le spectacle est toujours là. Affaire à suivre.

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